Journée d’étude “L’expérience « au dehors » des jeunes enfants accueillis en crèche. Une étude au sein de crèches collectives en France et au Chili.”
11 juin 2026, Salle 100 du Campus Condorcet
Dans un contexte où les enjeux climatiques et d’appauvrissement de la biodiversité sont de plus en plus prégnants et où l’expérience des jeunes enfants à leurs environnements extérieurs s’amenuise (HCFEA, 2024), les pratiques éducatives en extérieur deviennent une préconisation (Référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant, 2025). Après les écoles (Delaunay, Levrard, Ramos, 2021), des communes s’engagent dans la végétalisation des cours de crèche et le développement de pratiques pédagogiques liées à la biodiversité et au développement durable. Dès lors, en quoi consiste l’activité extérieure des enfants accueillis en crèche ? Quelle place représente le dehors dans leur quotidien et celui des professionnel.le.s ? Comment questionner le rapport aux environnements extérieurs des jeunes enfants, une catégorie d’âge rarement prise en compte dans les travaux scientifiques sur ce thème (Garnier & al., 2015) ?
Cette journée organisée au Campus Condorcet est ainsi consacrée à la restitution de notre étude socio-ethnographique qui porte sur l’expérience des jeunes enfants accueillis en crèche à leurs espaces extérieurs. Inscrite dans le cadre d’une sociologie compréhensive (Kaufmann, 1996), elle s’est déployée en France et au Chili, dans une ambition comparative. Non pour établir ce qui serait « le mieux », elle appelle au contraire à un dialogue pluri-situé qui intègre que les conceptions et pratiques d’accueil de la petite enfance sont construites en lien avec la conception que chaque groupe culturel – avec ses conditions sociales, politiques et géographiques d’existence – a de l’enfance (Delalande, 2001).
Cette recherche est portée par une équipe de 8 chercheurs : Catherine Bouve (coord.), Pascale Garnier, Ghislain Leroy et François N’Djapou (laboratoire Ismée, USPN), Alexis Mombelet et Valérie Jeaugeat (ITSRS, Montrouge) pour la France, Pablo Rupin (coord., UOH) et Catalina Vera (UOH) pour le Chili. Elle a bénéficié du soutien de l’Université Sorbonne Paris Nord après avoir été sélectionnée par la Commission recherche (2023) et à travers la procédure d’un professeur invité venant du Chili. Pour la recherche en France, d’autres sources de financement ont été obtenues : la Ville de Paris et un prix de la Fondation Mustela. Elle s’est déroulée en coopération avec l’Institut de travail social et de recherche sociale (ITSRS, site de Montrouge) et avec l’Universidad de O’Higgins (UOH) de Rancagua au Chili.
En France, portée au sein de l’université Sorbonne Paris Nord, l’étude a mobilisé six crèches socialement et géographiquement contrastées, situées en milieu urbain et rural (départements d’Alpes-Maritimes, Charente, Lot, Rhône et région Ile-de-France). Au Chili, avec la collaboration de l’université de O’Higgins, ce sont quatre « jardins d’enfance », avec des enfants entre 0 et 4 ans (deux structures à Santiago (milieu urbain) et deux à Rancagua (milieu semi-rural), ville également du centre du pays), qui ont été investigués. La notion d’environnement (Jidovtseff et al., 2020) permet de porter attention non seulement au rapport à la « nature » – qui en tant que telle n’existe pas, si l’on considère le caractère historique et construit de ce que nous appelons « nature » (Descola, 2005) – mais aussi, plus largement, à son inscription dans une diversité de mondes sociaux et culturels au sein et à l’extérieur des crèches. Cette diversité de traditions, de politiques, d’institutions, de pratiques, en matière d’éducation des jeunes enfants en rapport à leurs environnements extérieurs donne à « repenser » l’éducation des jeunes enfants (Brougère et Vandenbroeck, 2007), à distance des normes psycho-sanitaires historiquement attachées à ces institutions (Bouve, 2022). Pour autant, cet Allez dehors ! qui peut apparaître comme une nouvelle norme désirable et auréolée de bénéfices pour l’enfant par de nombreuses études (Garnier, Bouve, Rupin, revue de littérature), nécessite d’être questionné. Comment cette orientation est-elle reçue et appropriée par les professionnel.le.s ? Quelles résistances ou engagements suscite-t-elle du côté des professionnel.le.s ? Leur mobilisation est-elle différente selon les contextes sociaux, culturels et environnementaux des établissements d’accueil des jeunes enfants ?
À l’issue de cette recherche, l’enjeu de cette journée d’étude est d’engager des échanges scientifiques et de partager notre travail de recherche à la croisée de l’analyse des expériences à leurs environnements extérieurs pour les jeunes enfants et des discours et pratiques professionnelles concernant leur rapport à l’extérieur et ses conditions, en fonction des contextes et ressources. Elle s’adresse aux chercheur.e.s, et étudiant.e.s de l’accueil, de l’éducation et de la formation du champ de la petite enfance, ou encore aux professionnel.le.s intéressé.e.s par la recherche.
